Dr BELLOC Jean-Baptiste : Projet de restauration de biodiversité forestière

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Le Dr Jean-Baptiste Belloc, chirurgien ORL-CCF à l’hôpital Simone Veil depuis 24 ans, est aussi un amoureux de la nature. Il passe une partie de son temps dans le Limousin pour travailler à son projet de restauration de biodiversité forestière.
Interview.

Convergences : Dr BELLOC, vous rentrez de votre cabane en forêt, qu’y faisiez-vous ?

Dr Jean-Baptiste BELLOC : Ma cabane me sert de base pour mener à bien mon projet de restauration de biodiversité forestière.

Convergences : Expliquez-nous

Dr Jean-Baptiste BELLOC : Dans les années 60-70, il y a eu un enrésinement massif des forêts françaises. L’enrésinement consiste à remplacer une forêt de feuillus (chênes, hêtres, châtaigniers..) par une forêt de résineux (sapins, pins). L’objectif était de rendre les forêts plus productives dans le cadre d’une exploitation industrielle du bois destinée principalement à la construction (charpentes, toitures) ainsi qu’à la papeterie.

Cet enrésinement a permis à des régions hyper-rurales de se développer et permet de stocker du carbone via la production de bois d’œuvre. Le revers de la médaille est que l’enrésinement entraine une baisse importante de la biodiversité.

Convergences : Qu’entendez-vous par baisse importante de la biodiversité ?

Dr Jean-Baptiste BELLOC : L’enrésinement aboutit à des forêts monospécifiques, c’est-à-dire une seule espèce d’arbre, avec des espèces importées comme l’épicéa ou le pin de Douglas, ne laissant passer que peu de lumière, interdisant ainsi le développement d’un sous-étage végétal, avec acidification du sol et des rivières. Cela relève plus d’un champ d’arbres que d’une vraie forêt.

A titre d’exemple, 70 à 80 % des forêts du plateau de Millevaches dans le Limousin sont enrésinées.

Et de voir toutes ces forêts de feuillus disparaître m’a particulièrement interpellé.

Convergences : Quel est donc votre projet ?

Dr Jean-Baptiste BELLOC : J’ai souhaité contribuer, à ma mesure bien sûr, à corriger les excès de cet enrésinement en restaurant une biodiversité forestière.

Il s’agissait de faire l’acquisition de parcelles de forêt dans la région à la frontière entre Limousin et Auvergne,  avec un double objectif de restaurer une forêt naturelle ainsi que des zones humides enrésinées.

L’intérêt de restaurer une forêt naturelle est important en termes de biodiversité puisqu’il s’agit de faire cohabiter plusieurs espèces d’arbres, toutes d’origine locale, avec un sous-étage riche grâce à la lumière qui passe au travers du feuillage. Les différents biotopes, uniformisés en cas de plantations de résineux, sont du coup maintenus,  tout comme les zones humides qui sont partiellement  asséchées par les résineux.  Les vieux arbres sont également maintenus quand ils existent, car ils ensemencent les zones de régénération naturelle. Cette démarche favorise ainsi la reconstitution d’un éco système riche, pluriel, favorisant la présence d’une faune également plus diversifiée.

 

Convergences : Comment restaure-t’on une forêt naturelle ?

Dr Jean-Baptiste BELLOC : Le processus de restauration de forêt naturelle est simple : il s’agit de diriger la régénération naturelle, c’est-à-dire la repousse naturelle et spontanée des arbres. Pour mémoire, l’enrésinement est  une plantation artificielle d’arbres étrangers à la région.

Cette régénération naturelle aboutit à une forêt jeune et dense qu’il convient d’éclaircir. En effet, au fur et à mesure de leur croissance, les arbres finissent par se gêner et dépérir. Il convient donc d’en prélever un certain nombre afin de permettre aux autres de poursuivre leur développement. Et de recommencer le prélèvement quand les arbres se gênent à nouveau, et ce, jusqu’à ce que la forêt devienne mature.

Cela permet également de sélectionner les arbres les plus vigoureux et les mieux formés.

Convergences : Et pour les zones humides ?

Dr Jean-Baptiste BELLOC : Il est recommandé aujourd’hui de ne pas planter de résineux aux abords des zones humides et cours d’eau, afin de préserver la qualité de l’eau, ainsi que la flore et la faune spécifiques de ces zones humides.

Sur les parcelles concernées par ce projet, quatre zones humides et cours d’eau ont été massivement enrésinés. En lien avec le Conservatoire d’espaces naturel d’Auvergne et un cabinet d’experts forestiers, ces zones vont être libérées de leurs résineux et vont pouvoir retrouver leur dynamique naturelle.

Convergences : Comment procédez-vous ?

Dr Jean-Baptiste BELLOC : L’acquisition des parcelles s’est faite sur plusieurs années.

Je dirige moi-même  le processus de régénération naturelle, en préservant toutes les espèces d’arbre, tout en favorisant les espèces les plus nobles. Je pratique des éclaircies douces et régulières afin de ne pas traumatiser la forêt.

Je coordonne également le projet de restauration des zones humides en pilotant la mise en œuvre des préconisations du Conservatoire d’espaces naturel d’Auvergne par un cabinet d’experts forestiers.

Convergences : Qu’est ce qui est important pour vous dans cette démarche ?

Dr Jean Baptiste Belloc : Ce qui est important pour moi, c’est que chacun d’entre nous peut,  à sa mesure, contribuer à la protection de notre bien commun, notre planète. Car n’oublions pas, il n’y a pas de planète B !

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